La Bohème…

C’est l’histoire d’une enfant des villes qui a grandi en petit appartement aux tapisseries anciennes.

C’est l’histoire d’une fillette qui voyait peindre son père sur un coin de table de cuisine, entre peintures et pastels, et qui le regardait tracer sur les grandes feuilles des paysages ou des natures mortes.

C’est l’histoire d’une gamine fascinée par une autre époque, un autre temps, qui aime les vieilles rues, le linge aux fenêtres, les gens qui se parlent et l’histoire des lieux.

C’est l’histoire d’une enfant qui écoutait Aznavour et rêvait de courir dans les rues de la Butte et de traîner les cafés en tenant sous les bras des toiles peintes quelques heures auparavant.

C’est mon histoire. Celle de la bohème qui me fait rêver. L’histoire d’une p’tite minaude qui rêvait devant les Poulbots accrochés aux murs.

 

J’ai toujours rêvé Montmartre, toujours imaginé une vie comme il la chantait, « accrochant ses lilas jusque sous nos fenêtres ». Je les voyais pendre, je sentais l’odeur, et je percevais l’ambiance de ce quartier que je sentais me coller à la peau. Une vieille image d’Epinal de ces peintres sur la place du Tertre, l’un peignant Le Sacré Coeur et l’autre le visage d’une femme assise là, immobile. Ce monde, ces odeurs que je sentais, les images qui se baladaient dans ma tête. Un rêve.

 

373-F

 

J’imaginais ma vie, moi écrivant au milieu de ces artistes. Eux avec un pinceau, moi avec une plume. « La Bohème, ça voulait dire, on est heureux… »

Il faisait beau dans mon Montmartre, le cœur des gens était toujours en fête. Ça sentait l’été, on entendait les oiseaux chanter aux fenêtres.

On grimpe la Butte, même si les escaliers sont, paraît-il, « durs aux miséreux ». On traverse les rues, on va, on vient, on vit. Il y a les musiciens qui tapent un morceau de l’Accordéoniste et une vieille femme qui chante Edith. Il y a de la vie, de la cohésion dans leurs gestes. Comme un tableau joliment peint, comme une symphonie bien orchestrée.

 

Figurez-vous que la petite fille n’est jamais allée à Montmartre. Elle n’a jamais couru les vieux ateliers en sous-pente ni vu la maison Rose de la rue Cortot, elle n’a jamais traversé les rues, ni croisé la vieille dame qui chante. Elle n’a qu’entendu parler à travers des chansons ou vu passer sur un écran une jeune fille brune et mutine qui aidait un vieil aveugle à traverser.

La petite fille est devenue grande aujourd’hui. J’aurais l’audace de ne pas encore dire trop vieille, mais disons que les années passant, elle se dit qu’elle ne fera que rêver ce quartier pour ne pas vivre la déception, comme on la vit parfois pour toutes les choses de la vie. Le rêve vaut parfois mieux.

Alors la grande fille, enfin… la dame rêve. Elle continue à croire à ses images vues sur les murs. Elle continue à pleurer en écoutant la voix du vieil homme qui lui chante avec émotion la nostalgie d’avant, de sa jeunesse. Et elle revoit la sienne.

Elle revoit celui qui lui a fait aimer les arts en peignant sur un bord de table de cuisine et à qui elle n’a jamais dit merci. Dans ses rêves, elle le remercie d’ailleurs…

Elle revoit ses pinceaux qui dansent entre ses doigts, inlassablement, malgré le temps qui pour lui aussi a rendu les gestes plus incertains. Elle se souvient de ces murs plein des tableaux de Toutounov mêlés à des paysages glacés de mes montagnes d’enfance. Et une vieille bicoque perdue dans un paysage de campagne que sa main avait imaginée… Le peintre de la cuisine ne s’imaginait ce qu’il faisait rêver la petite fille que j’étais.

Elle revoit le vieil immeuble de l’enfance qui lui inspire aujourd’hui les larmes en entendant les refrains… « La Bohème, la Bohème, on était jeunes, on était fous…. ». C’est vrai que je ne reconnais ni les murs ni les rues de ma jeunesse.

Je ne serai jamais l’écrivain de Montmartre, assise sur les marches du Sacré Cœur et observant les peintres de la Place. Alors peut-être, oui, il avait raison le vieil homme qui chantait. «  La Bohème, ça ne veut plus rien dire du tout… »

 

place tertre

 

Mais une chose est sûre. Je continuerai à vivre, les nuits ou dans mes rêveries diurnes, de folles escapades. Et si vous voyez un jour une personne courir à s’en couper le souffle de la rue Saint Vincent jusqu’au Bistrot de la Butte en hurlant un vieux refrain connu, pensez à moi… L’âme de l’enfant que j’étais ne mourra jamais.

Signature Miss Plume

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Publié le 1 avril 2015, dans Les souvenirs, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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