De Humanitate

Depuis hier, je suis obsédée par des images. Assise devant le journal télévisé, des choses sont revenues à ma mémoire. Des événements pas si lointains, des atrocités que nous avons tous vécues.

Ces images reprises sur mon écran m’ont renvoyé une image de notre monde, de notre société, de notre façon de vivre et surtout de vivre les événements.

Lundi soir, au Nigéria, a eu lieu une marche silencieuse, ruban adhésif rouge sur la bouche, de 276 familles dont les filles ont été enlevées il y a un an tout juste. Un an, ce n’est rien au regard du temps. On n’oublie pas en un an…

Et pourtant…

 

Les flashs me remontent alors. Je revois ces gens arborant des pancartes « Bring back our girls », « rendez-nous nos filles ». Force de slogans et de photos de célébrités semblant alors affectées, nous avions lancé un grand mouvement populaire pour montrer l’indignation.

C’était il y a un an… 365 jours, ce n’est rien au regard d’une vie. Mais depuis, le silence s’est fait et ces 276 familles sont aujourd’hui livrées à elles-mêmes et au silence du monde.

Les témoignages de ces familles furent bouleversants, les uns pensant qu’aucune issue n’est à envisager quant à leur survie tant la violence exercée sur les femmes est importante, les autres disant qu’elles furent sans doute mariées de force à des guerriers et obligées à prendre les armes. L’espoir, ils ne l’ont plus et le silence fait autour de cette disparition est tel que l’idée même de les retrouver un jour leur est retiré.

femme afrique

Alors je m’interroge : que valent nos indignations ? Qu’est devenue notre société ? Jusqu’où pouvons-nous accepter ? Sommes-nous juste encore un peu humains ?

Qu’est ce, aujourd’hui dans notre monde, un homme ? Qu’est ce, aujourd’hui être une femme ?

Et encore plus profondément, que sont les médias à ce jour et leur rôle ?

 

Bien sûr, l’on pourra m’objecter le problème géopolitique et religieux de ces territoires et le fait que nous ne pouvons guère rentrer, sans lancer des polémiques, dans des discussions lançant ces deux problématiques. C’est vrai.

L’on pourra me dire que le temps fait son œuvre, que les événements sont si rapides à présent que l’on ne peut stagner sur un événement, qu’il faut aller au gré de l’actualité. Ce n’est pas faux.

Mais alors ? A quoi servent ces indignations passagères ? Et le sont-elles toutes de la même manière ?

Ce n’est pas si loin que ça, en janvier, nous avons vécu un événement pour lequel nous avons tous été choqués, blessés. Et sur les murs ont fleuri les ‘je suis charlie’, des manifestations se sont multipliées, nous avons ensemble pleuré sur cet événement qu’aujourd’hui encore nous évoquons en reprenant cette formule qui signifie ‘je suis libre’.

Et ces 276 jeunes femmes, ne valent-elles pas 12 ‘charlie’ ? Avons-nous oublié juste parce que la distance fait qu’elles n’ont pas d’identité pour nous, Européens ? C’est une piste.. Il est vrai que l’on s’émeut toujours plus de la mort d’un proche que de celle d’un inconnu. Mais pour autant, ces deux morts ont-elles une hiérarchie ? Ne sont-ce pas deux êtres humains ? Je reste dubitative.

Je m’interroge sur notre qualité d’humains, dont on se prévaut pour se différencier des animaux. Il paraît que nous avons des sentiments… Alors, montrons le !

 

Il est évident que je ne réduis pas cette problématique au seul problème de l’enlèvement de ces jeunes femmes, car bien souvent dans le monde, la femme est souillée, prise pour cible facile, pour objet. N’oublions pas les femmes d’Inde qui se font violer, tuer, ces femmes de Proche-Orient qui se font lapider. Et ce ne sont malheureusement que des exemples…

Alors, je sais que beaucoup diront sans doute que la culture de chacun est complexe, le mode de fonctionnement de chaque société lui appartient. Oui, c’est vrai.

Mais alors, si nous devons accepter, ici en Occident, que les femmes soient considérées de telles façons en de nombreux territoires du monde et que nous n’avons pas à exercer quelque ingérence que ce fut, pourquoi les médias, force de reportages en premières parties de soirée, les mettent-elles en exergue pour nous montrer leur avilissement, que « ces malheureuses », disent-ils, « ne sont pas libres de se vêtir tout simplement comme bon leur semble ». Ce problème de médias et de journalistes et de la place que nous leur accordons me posent alors question.

Si nous considérons qu’est illégitime le traitement des femmes sur certains problèmes qui touchent ensuite notre propre société (comme le port du voile ou du niqab, et ce ne sont que des exemples qui ne recherchent aucune polémique), pourquoi ne pas nous indigner à coups de reportages chocs et répétitifs sur les conditions de ces jeunes femmes enlevées et massacrées sur le territoire africain depuis des mois et des mois, car il n’y en a pas eu que 276, pour assouvir la seule soif de pouvoir de quelques fous armés.

Quelle est donc la stratégie média actuellement ? Faut il seulement endormir le téléspectateur ou le lecteur en matraquant certaines problématiques au gré des besoins d’un point d’actualité qui nous touche de près ? Le journalisme, est-ce oublier les événements qui ne font plus vendre ?

 

Alors oui, aujourd’hui, je m’interroge et je n’ai pas la prétention de dire que j’ai des réponses.

Mais à tout le moins, je veux poser la problématique. A tout le moins, je ne veux pas perdre la faculté de m’en indigner.

Je ne me veux pas moralisatrice, aucunement, seulement affectée et avec un besoin de faire part de ce malaise que je ressens et qui m’inquiète quand je pense à la société de demain et à ce que nous laisserons à nos enfants.

2014-06-05_NIGERIA-VIOLENCE-FEMME_0

Lundi soir, au Nigéria, 276 familles pleuraient une fille, une enfant, une proche. 276 familles pleuraient le silence du monde entier face à leur deuil et à l’atrocité de ce qui leur a été fait, pleuraient la terreur que font vivre les hommes guerriers sur leur territoire.

Imaginez que ce soit votre enfant…

 

N’oublions pas.

Signature Miss Plume

Publicités

Publié le 15 avril 2015, dans L'actualité, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :