Comme un animal sans défense

On les voit sans les voir. On s’y est habitués. C’est terrifiant de constater à quel point des événements, perdus dans le flot d’autres, réussissent à nous faire, parfois, oublier jusqu’à, même, notre humanité, notre capacité à ne plus s’interroger ou s’indigner. Je les vois depuis plusieurs mois, plusieurs semaines, dernièrement encore… un jour ou deux à peine.

On les laisse vagabonder. On les laisser errer. L’été arrive et c’est normal que le phénomène s’accentue, nous dit-on.

Je ne comprendrais jamais comment on peut faire ça à un être. Ils n’ont pas demandé ce qui leur arrive, ils subissent. Du plus jeune âge parfois, ils pâtissent de ce que peut être l’âme humaine et la réalité économique. Que protéger les villégiatures, les lieux de tourisme qui ne les acceptent pas, peut passer au-dessus de leurs cœurs qui battent.

On voit passer souvent des posts, des articles, des photos pour parler d’eux. On les montre, parqués, prostrés, parfois battus. Mais bon sang, comment peut-on réussir à frapper un être innocent ? Je ne m’y ferai jamais.

 

Certains en font un sacerdoce de ne pas les oublier et d’être de toutes les missives, toutes les déclarations les protégeant, nous rappelant qu’on ne doit pas les considérer comme des animaux puisqu’ils n’en sont pas, ce ne sont pas des meubles qu’on déplace au gré des besoins, envies, nécessités. Ils ont un cœur. On ne doit pas les abandonner. On doit le reconnaître. Leur apostolat est de raviver la flamme d’humanité que nous devons tous porter, par devoir de mémoire aussi…

 

sdf-et-son-chien

Pourquoi je vous parle de devoir de mémoire, me direz-vous ? Quel terme excessif ! Vous avez la sensation depuis le début de ce texte que je vous parle d’animaux, n’est ce pas ? Oui, c’était mon intention.. Mais je ne vous parle pas d’animaux.

Si c’était le cas, bien plus de monde se serait soulevé depuis des mois, on ne laisserait pas faire.

Si c’était le cas, on se devrait de faire preuve d’humanité à leur traitement, sous peine de voir se lever les associations protectrices, les médias, l’opinion publique… Lorsqu’on frappe un chat, on prend de la prison…Mais qu’en est-il d’eux ?….

 

Depuis des mois, des femmes, des enfants, des hommes fuient leur pays, la guerre, des massacres, la misère. Depuis des mois, des passeurs ou des monstres les entassent des heures durant sur des bateaux et leur font rejoindre, à coup de billets, des côtes en leur promettant l’Eldorado : l’Europe et son opulence.

Depuis des mois, ces gens sont repoussés, parqués, battus par les forces de l’ordre, traités comme des animaux. Non ! Pire ! Puisque tout le monde s’en balance et qu’au final, les Tout-Puissants se réunissent dans de beaux bâtiments pour se répartir la charge de les accepter, à défaut de pouvoir les rejeter en mer …

Ils sont des milliers à débarquer depuis des semaines et personne ne s’offusque. Parfois un article dans la presse. Parfois quelques secondes entre la salade et le fromage du journal de 20h. Mais pas trop longtemps… Il ne faudrait pas offusquer l’opinion publique et faire monter les extrêmes, persuadés que ces pauvres malheureux, juste assoiffés d’un peu de liberté et de reconnaissance, viennent leur manger leur bout de pain.

 

Alors maintenant, retournons la situation et dites-vous que vous êtes dans ce bateau. Dites-vous que votre dernier-né tète le sein de sa mère au milieu des vagues et qu’on vous a promis que, là-bas, vous pourriez vivre sans risquer de mourir et d’avoir la gorge tranchée par des États prônant, telle une secte, une religion unique et sans scrupules. Imaginez-vous avoir donné votre argent pour ça : pour vivre, un peu, juste un peu mieux.

 

Il est une phrase que l’on entend et lit souvent dans nos pays occidentaux, une sorte de « carpe diem », c’est « on n’a qu’une vie après tout, autant la vivre du mieux possible ». Qui n’a pas déjà pensé, dit, écrit, mis en exergue cette phrase sur un mur de réseau social… ? Eh bien, pour eux venus d’Afrique, de Syrie, d’Irak ou que sais-je, n’oublions pas que cette phrase s’applique aussi.

Et que si on n’a qu’une vie, on n’a aussi qu’une planète qu’il faut se partager. Au moins essayer…

 

Ça peut paraître très moralisateur, j’en conviens. Peut-être enfoncé-je des portes ouvertes depuis longtemps. Soit.

Mais je ne veux pas oublier que peut être un jour, la France vivra un drame, comme elle en a déjà vécu. Que des gens devront alors partir, fuir une folie et que ce jour-là, aux portes de l’Afrique, peut-être nous aurons à payer nos actes en voyant des hommes armés nous attendre, force de matraques, et nous repousser parce que nous devenons gênants…

 

On paie un jour ce qu’on a fait. L’Histoire est un éternel recommencement, dit-on.

Vous comprenez maintenant pourquoi je parle de devoir de mémoire…  ‘Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres tremblants’, disait Ferrat. Les images passant sur nos télévisions les soirs nous les montrent affaiblis, amaigris par des jours de voyages sans eau et sans vivres, et je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase là…

 

Comment conclure, sinon en disant que je n’ai pas plus de solutions politiques que tous ces gens qui nous gouvernent, tous pays confondus. Mais que j’avais juste envie de consacrer une pensée à ces gens qui ont imaginé vivre un rêve et sont actuellement plongés en Italie ou sur d’autres côtes en plein cauchemar.

S’Il existe, qu’Il les protège un peu…

Signature Miss Plume

 

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Publié le 15 juin 2015, dans L'actualité, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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