L’angoisse du dimanche soir

Années 80. Un petit appartement, un dimanche soir.

Je suis petite et on me rappelle pour la énième fois qu’il faudra aller dormir après le générique du début du film, soit à l’époque 20h30 (petits souvenirs pour les quadragénaires, n’est-ce pas ?!).

Il est 19h et Anne Sinclair reçoit une quelconque personnalité. Dans ma tête à moi, une seule chose compte : nous sommes dimanche soir et c’est bientôt l’heure… Le temps passe et une autre musique connue débute : il est 20 heures et le Journal me rappelle que bientôt, je devrais aller me coucher… Et là, après avoir ingurgité sans même plus y réfléchir le rôti de dinde, voilà qu’une autre musique me glace le sang : le générique du film du dimanche soir de TF1…. Comment vous dire ? Cette musique, je la déteste. Elle me tord le ventre.

Eh oui, Mesdames, Messieurs, je souffre depuis petite d’un mal assez répandu apparemment : l’angoisse du dimanche soir qui est souvent catalysée par ce fameux générique, devenu au fil des années un cauchemar. Aujourd’hui encore, je ne peux pas m’empêcher d’avoir la boule au ventre en y pensant, en l’entendant et en me rappelant ce que cela signifiait : alors qu’on me demandait d’aller me coucher à l’heure du film, je savais que je fermerai les yeux le dimanche soir et que, par un vilain tour joué, je me verrai propulsée, sans même m’en être rendue compte, à ce foutu lundi matin…

Le lundi matin, le matin du recommencement. Un peu comme dans ce film où l’on vous fait reprendre chaque jour le jour précédent. Avec une issue parfois différente mais souvent identique, le lundi subissait le même sort. Il faisait recommencer la semaine, cette interminable semaine d’école, de cours, de maths et autres matières…

Chaque dimanche à 19 heures, je commençais à ressentir les effets. Cœur qui s’accélérait, blanc devant les yeux, presque un malaise en somme. Je sentais ma bouche sèche, mes mains moites. Je vivais un enfer devant une Anne Sinclair toute pimpante et heureuse d’être là, et je ne vous parle même pas de cette sale Claire Chazal ! Elles me narguaient de leurs sourires béats, questionnant les invités et annonçant les actualités, toujours avec une jovialité égale, pendant que moi, je souffrais le martyr à chaque demie heure…

 

Je n’arrive pas à savoir, aujourd’hui encore, pourquoi je détestais autant l’école. Je n’étais pas mauvaise élève, loin de là, mais je pense que chaque lundi représentait pour moi le devoir de recommencer une fois de plus à me remettre en question. Serai-je capable de faire ce qu’on me demanderait ?… Et pour ceux qui me connaissent, la confiance en moi n’est pas la caractéristique principale de mon caractère. Aussi, c’était une véritable épreuve.

Alors, durant des années, et même lorsque l’école fut remplacée par le travail, le dimanche soir est resté, et restera, un moment particulier. Ce moment où j’ai l’impression d’être seule sur un champ de bataille et de devoir mettre ma vie en jeu. Stupide, me direz-vous ! Mais c’est la réalité !

Et vous savez quoi ? Sur les 52 dimanches que comportent une année, 51 sont basiques, mais il y en a un qui me terrifient et me met en transe intérieurement, au-delà de tout : c’est le foutu dimanche qui précède la rentrée scolaire. Ce dimanche-là, j’avoue, surpasse tous les autres. C’est celui où je pleure et où toutes mes angoisses remontent…. C’est ce satané dimanche où il pleut souvent, où il fait gris, frais voire froid, où l’on a l’impression que l’hiver en une journée est venu s’inviter, où l’on pense que la fin du monde approche…

Et, je vous le donne dans le mille, quelle date sommes-nous ?…

Je vois les jours s’égrainer et la date fatidique arrive. Alors, oui, aujourd’hui, je ne rentre plus à l’école pour moi, mais je suis maman de deux loulous qui font leur rentrée prochainement. Et je suis témoin de la rentrée de plein d’autres. Et j’ai la boule au ventre déjà.

Nous arrivons à cette période de l’année qui est pour moi, terrifiante, éprouvante : la rentrée des classes.

enfant-sad

A ma première rentrée en tant que maman, je me suis mise en tête de faire comme si tout allait bien, mais ça n’allait pas. Ma fille oui, elle, ça allait, mais moi… Joker ! Il y a eu ensuite, la rentrée de mon fils, la première (j’ai pleuré), puis la rentrée en primaire de ma fille (j’ai pleuré) et là, cette année, ce sera l’entrée en primaire de mon fiston (je vais pleurer).

Le fait est que je leur dis d’être heureux à l’école et qu’ils en profitent car ce sont les meilleurs instants de la vie où l’on ne peut penser qu’à une chose : faire les devoirs et s’amuser, tous les autres problèmes apparaissant à l’âge adulte… Mais c’est faux. Même moi, je ne m’en convaincs pas.

J’ai détesté l’école et je vois ma progéniture devoir subir ce que moi, j’ai subi. Je les vois prendre le chemin des classes, cartables sur le dos et peur chevillée au ventre devant l’inconnu qui les attend et je dois rester forte…

Mais la petite fille que j’étais renaît chaque dimanche soir aux alentours de 19 heures. Au moment de ce bain dont ils ressortent pour manger et aller dormir, comme moi je le faisais à leur âge, je me souviens de cette angoisse grandissante et je la revis, comme un vieux refrain qu’on n’oubliera jamais, comme un anniversaire dont les fréquences auraient décidé de venir contrarier le bon fonctionnement de ma vie.

Alors, en cette fin de mois d’Août, sous les quelques rayons de soleil qui restent encore présents avant leur disparition totale ce dimanche, j’ai une pensée pour tous ceux qui, comme moi, en fin d’après-midi auront une petite perle au coin de l’œil et regarderont l’horloge et le temps filer comme le sable entre les doigts pour les propulser vers une nouvelle année terrifiante. Je leur souhaite le courage. Et je leur dis de se rassurer. Nous sommes nombreux dans ce cas-là à avoir la vue trouble ce jour là.

L’angoisse du dimanche soir a encore de belles années devant elle… Et ce satané générique de TF1 risque de torturer encore bien des générations…

Je vous embrasse tous, vous élèves, qui repartez sur le chemin des écoles. Et une pensée aux mamans et papas qui feront comme moi et iront se cacher pour pleurer.

Signature Miss Plume

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Publié le 26 août 2015, dans Les souvenirs, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Oh oh oh!! C’est la rentrée, c’est bien!! Ils découvrent plein de choses, apprennent la vie entre copains, avec les profs!! Qu’ils profitent, parce que c’est vrai, qu’en attendant ils ne sont sensés avoir que ça comme problème…Qu’ils profitent…c’est la vie!

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    • Je suis persuadée que beaucoup d’enfants le ressentent comme tu le dis, Flo, mais moi, je n’ai jamais pu ressentir cela et je te rassure : je fais tout pour qu’ils le vivent bien les miens ! Mais ça ne m’empêchera pas de verser ma larmichette le jour de la rentrée ! 😛

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  2. Tout cela peut être parfois bien difficile à vivre ! Bon courage à vos petits choux, et j’espère qu’ils auront la chance de mieux vivre leur(s) rentrée(s) que leur maman…

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  1. Pingback: L’atélophobe (mes phobies 2ème épisode) | Miss Plume

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