Double peine

On ne se rend pas toujours compte que la vie que l’on mène au quotidien, c’est la vie « pour de vrai » et pas l’ébauche, le coup d’essai de la vie que l’on souhaiterait. Alors, parfois, on perd du temps, on se trompe, on estime mal les choses et on en sait pas profiter de La Vie, la seule, l’unique.

On remet à plus tard, on laisse passer des trains. Et puis, un jour, on regrette.

Un jour, on prend conscience que les années ont passé et qu’on n’est loin de ce qu’on aurait rêvé d’être, lorsqu’on était jeune, en pleine santé, dans la force de l’âge et en pleine ascension.

Ce jour-là, il est trop tard.

 

Longtemps, je n’ai pas mis les wagons dans le bon ordre. Pas mis les priorités où il le fallait. J’ai refusé des opportunités, des propositions, par timidité, manque de confiance ou pour penser d’abord à d’autres. Je me suis mise en arrière. Je ne voulais pas faire de mal. Je n’osais pas….

 

Je rêvais de grands voyages, d’une vie de bohème parfois. Je rêvais de choses qui me feraient palpiter le cœur, de sports extrêmes. Je rêvais de sauter du ciel. J’avais tellement envie de partir comme une folle du haut d’une falaise et me jeter pour voler comme un oiseau, juste quelques instants…

Je rêvais de destinations de rêve, de mer bleu turquoise, de poissons colorés et de sombreros.

Je m’imaginais, comme dans ma jeunesse, attraper un micro et déployer l’air dans mes poumons. Comme avant. Mais en mieux.

 

On m’avait proposé de déployer cet air, là-haut à la capitale. Mais j’ai été mortifiée à l’idée de le faire devant du monde, de partir loin de ceux que j’aimais. J’ai dit non.

On m’a proposé de partir loin, dans un ailleurs où on met l’humain loin devant, de faire de l’humanitaire et de profiter de paysages merveilleux. J’ai voulu partir dans des pays aujourd’hui, malheureusement, bien risqués, pour aller travailler dans des communautés et vivre autre chose. Mais le jour où j’ai voulu passer le cap, faire les papiers et démarches, ma peur a été la plus forte. Je suis restée. Pour ne pas voir pleurer des gens. J’ai dit non. Je me suis dit non.

J’ai eu envie mille fois envie de me jeter du haut des montagnes de ma jeunesse, de grimper loin, haut, et de sentir le vent fouetter mon visage. Mille fois je l’ai rêvé la nuit, imaginé la scène, ressenti virtuellement ces sensations sur un écran. Et mille fois, je me suis dit que j’attendrais l’année d’après, la fois d’après, parce que les finances n’étaient pas au rendez-vous, préférant faire un cadeau à mes enfants que de me faire plaisir.

10404471_10204842498363062_3521470649618101293_n

Et puis, un jour, je me suis réveillée, il y a un peu plus d’un an de ça. J’avais une douleur, une terrible douleur. Cette année-là, évidemment, la question du parapente ne s’est pas posée. J’attendrai l’année d’après, c’était plus raisonnable…

 

C’était il y a un an et la douleur n’est plus jamais partie. Elle va et vient, à sa guise. Elle fatigue, épuise parfois, assomme.

Elle fait partie du quotidien. Elle est devenue moi. Une part de moi.

On appelle ça fibromyalgie.

Moi, j’appelle ça prise de conscience. Qu’il n’aurait pas fallu repousser, reculer, attendre.

Que plus jamais, je ne saurais comment le vent fouette les joues. Que plus jamais, je ne partirai en voyage sans traîner avec moi cette satanée maladie, comme on porte un fardeau. Que plus jamais, je ne pourrais réaliser ce qui avait été mon rêve.

Une double peine : effacer ses rêves et avoir mal sans aucun arrêt. Jamais.

 

Aujourd’hui, j’ai pris conscience que c’est bien ma vie que je vis. Ce n’était pas un coup d’essai. J’ai loupé les trains.

Ne me restent que les projets, à ma mesure. Et l’amour de ceux pour qui je suis restée et c’est déjà tellement.

 

Je ne serai jamais un oiseau, mais je vole à ma façon. Les rêves et l’écriture sont devenues mes ailes…

Signature Miss Plume

 

 

extrem jumping

 

Publicités

Publié le 25 septembre 2015, dans Les réflexions, Les souvenirs, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Je suis désolée que vous ayez dû faire le deuil de ces beaux rêves… c’est tellement difficile, parfois, d’oser, de sauter le pas. Accrochez-vous à vos rêves d’aujourd’hui, vos nouveaux objectifs… Ces manques font mal mais vous en tirez des leçons… ♥

    Aimé par 1 personne

  2. C’est délicat en effet, profite du mieux que tu peux alors ! Bises

    J'aime

  3. Courage ma belle ! Les mots peuvent guérir de tous les regrets et provoquer la plus grande des ivresses. Laisse-toi emporter par eux et ils apaiseront tes maux j’en suis sûre. Bises !

    Aimé par 1 personne

  4. Un atterrissage douloureux. On retarde toujours le moment de faire les choses et la vie nous rattrape. Restent certains regrets et la réalisation qu’on a qu’une vie et qu’il est grand temps d’en profiter pleinement.
    Le mots libèrent et apaisent Miss Plume.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, c’est vrai Marie, les mots libèrent…
      J’adore la phrase de Confucius : « On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une. » Je suis dans la deuxième, douloureusement certes dans tous les sens du terme, mais pleinement à présent.. Bisous Marie.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :