Le cheval à bascule

J’ai un souvenir assez précis de ce moment où, d’un jeu innocent d’enfant, j’ai eu la sensation de comprendre des choses et de donner un sens à la vie.

Tu avais un an peut-être et je te regardais aller et venir, petits pas par petits pas. Puis, tu t’es arrêtée, l’as regardé et d’un rapide petit coup de fesses bombées, tu as chevauché ton petit cheval à bascule.

Je me souviens comme tu riais, comme tu faisais bouger ton corps vers l’avant pour mieux le faire avancer au gré de ses bascules, comme tu voulais à tout prix qu’il aille en avant.

Ce jour-là, nous étions passées toutes les deux voir celle qui avait près d’un siècle de différence avec toi. C’était une des dernières fois, je crois, où on l’avait levé de son lit pour la mettre dans un fauteuil. Ce fauteuil que je ne parviens pas à oublier qui se basculait vers l’arrière, sous la forme de son corps. Chaque fois que je la voyais comme ça, assise sur ce fauteuil, je pensais à un vieux rocking-chair que nous avions eu et que les anciens affectionnent souvent particulièrement.

 

En te voyant, ma petite, basculer ainsi, son image à elle m’est venue et je vous ai imaginées, côté à côte.

 

Je te voyais toi, petite enfant encore pleine de cette envie de croquer l’avenir. Tu poussais comme une folle ce cheval pour qu’il avance, comme une symbolique. Comme pour montrer que la vie était devant toi. Comme tous les enfants de ton âge.

 

Et j’ai eu cette vision furtive d’elle, dans un rocking-chair, comme beaucoup de personnes âgées, se laisser aller tête en arrière, yeux clos, comme pour montrer que leur vie aujourd’hui penche plus vers le passé, qu’ils ne sont plus que spectateurs. Que l’on vit dans les souvenirs, on repart en arrière car le plus gros de notre vie est alors bien derrière soi. A quoi servirait d’aller de l’avant ?…

cheval rose

 

Durant l’espace d’une seconde, vous avez symbolisé la vie et ce qu’on en fait. L’enfant volontaire et le mordant d’aller de l’avant, de se jeter dans l’avenir. L’ancien qui n’a plus d’autre avenir que d’attendre d’aller retrouver ceux qui ont été son passé.

Chacune sur sa bascule comme une allégorie, avec ses besoins, ses capacités et le temps qui lui reste.

 

Aujourd’hui, à la moitié de ma vie, je ne suis ni sur un cheval ni sur un rocking-chair. Je suis entre les deux âges, assise sur un fauteuil dont les quatre pieds sont bien ancrés au sol.

Et je dois aujourd’hui faire le choix de ce que je veux pour mon avenir prochain. Encore un peu du cheval ou tout de suite m’installer dans le fauteuil, yeux mi-clos ?

 

Je reconnais que cette décision n’est pas simple pour moi. Je ne me suis pas vu vieillir même si je me rends à l’évidence. Je ne suis plus jeune, je ne suis pas encore une « senior ». Il faut que je donne un sens à la vie. Un but ou une désertion. Un sens de la bascule.

Le repos de l’âme parfois attire, par facilité. Mais la vivacité de la jeunesse n’a pas de prix.

 

Il va me falloir, assise sur mes quatre pieds de fauteuil, me lever et décider du sens dans lequel je vais aller. Comme beaucoup d’entre nous, comme nombre de gens qui, à un âge où l’on fait le bilan des choses, se demande si le futur a encore un avenir pour eux, si le poids du passé pèse trop sur leur présent pour avancer sur le cheval…

Difficile au moment de ce bilan de savoir si l’on va se lancer dans de nouveaux projets, si l’on en a la force, l’envie, la hargne.

 

Pour le savoir parfois, il suffit d’une journée où les ennuis semblent s’évanouir, où le positif semble reprendre sa place, où le meilleur reprend ses droits. Je vous le souhaite. Je me le souhaite.

 

Car l’envie d’avancer reste encore, à mon sens, la plus belle des raisons de respirer, une clé du bonheur et la plus belle des valeurs à transmettre à nos enfants.

Signature Miss Plume

 

 

 

Pixinguinha rocking chair

 

 

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Publié le 29 octobre 2015, dans Les réflexions, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. J’adore vraiment votre façon d’écrire, votre sensibilité et votre manière de poser des questions justes et profondes, de souligner les interrogations et les points clés de la vie. Accrochez-vous à ce cheval ! Vous méritez bien encore un peu d’exaltation.

    Aimé par 1 personne

  2. Une palette de souvenirs et d’images qui balayent notre quotidien. J’ai envie de dire aller de l’avant, toujours. Même tard, même quand la fin semble plus proche que le début. On a tant à donner, à offrir au monde.
    Je te souhaite de belles années riches de projets, d’envies, de découvertes. Il n’est pas encore venu le temps pour s’asseoir dans sa chaise et laisser les souvenirs prendre la place qui reste.

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