La Bête

On dit que la Bête ne tape jamais deux fois au même endroit. Et pourtant, alors que nous étions encore dans le début de notre journée de dimanche à observer le ciel, à se plaindre de la pluie, du vent, de frivolités du quotidien qui nous font oublier que la vie a un prix, des centaines de personnes, à l’autre bout du monde, vivait une nuit en enfer.

La Bête a frappé deux fois. Elle a frappé les mêmes personnes. Des gens qui vivaient, s’amusaient et s’aimaient.

La Bête ne peut pas comprendre ces notions, enfermée dans ses certitudes que le monde doit être à l’image du drapeau auquel elle a prêté allégeance : noir. Le monde doit être l’enfer, la mort. Ils y vivent déjà et ne peuvent supporter l’amour et la vie.

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On ne peut rien contre cette Bête. Aucune mobilisation intense de police, aucune rafle dans des villes, aucune menace de retrait de nationalité. La Bête est morte depuis longtemps, programmée pour mourir au nom de son idéologie qu’on lui a appris à nommer « religion ».

On ne peut mettre un policier derrière chaque être « humain ». On ne peut prévoir les délires, les voix intérieures qui lui ordonnent de tuer, à tel endroit, tel moment.

La Bête est imprévisible et sans remords, sans morale. Elle frappe, puis attend recluse que la mort vienne à elle dans un hurlement qui, voudrait-on nous faire croire, ferait l’éloge de son dieu.

Mais la Bête n’a ni Dieu ni Maître. Elle a un prédicateur qui vit loin d’ici et lui ordonne, caché dans un pays qu’il a asservi.

Dans une nuit de fête, à Orlando, cette immonde Bête a décidé de frapper un amour qu’il ne comprend et n’admet pas. Comme si on pouvait choisir qui l’on va aimer ou non. Elle tue des gens pour ce qu’ils sont, et aucune autre raison.

La Bête est l’enfant caché du Diable. Ce Diable que l’on a connu il y a quelques décennies et qui ne voulait voir que des blonds aryens dans le monde. A l’époque, il exterminait et l’on a pensé ne plus avoir à revivre cela un jour. Mais le Diable avait fait des enfants. Il  a des héritiers partout, sous diverses formes. Et lorsqu’on croit l’avoir tué, il renaît de ses cendres.

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Cinquante personnes sont mortes dans les mêmes conditions que nos victimes du Bataclan, comme un mauvais film qui se répèterait. Ils étaient les mêmes : jeunes, plein de vie, des projets plein la tête et amoureux.

Ils sont morts sous les balles, dans la foule et les téléphones ont dû retentir dans le silence de la nuit pour savoir s’ils étaient en vie ou parmi les victimes. Les larmes ont coulé, les familles endeuillées ne pourront reprendre vie, comme celles de cette jeunesse tuée en plein Paris.

La Bête est morte dans cette boîte de nuit. Mais elle savait déjà qu’une autre prendrait sa place : où ? Quand ? Comment ? Peu lui importe, tant que le but est atteint : faire taire la vie.

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Encore une fois, nous allons nous incliner, penser à ces gens morts pour rien, au nom juste de la Haine. Puis, le temps passera et nous oublierons un peu.

« Il y en aura d’autres », voilà la phrase assassine qui s’insinue et fait vivre la Bête.

Renonciation et Habitude sont ses nourritures terrestres. L’Indifférence est son Breuvage.

JE SUIS ORLANDO.

Signature Miss Plume

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Publié le 13 juin 2016, dans L'actualité, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. C’est un très beau texte que tu as écrit. Malheureusement très juste. Je trouve que c’est bien trouvé « La Bête »

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  2. C’est atroce et tellement juste Sandrine;
    Il n’y a rien à comprendre, aucun mot capable de rendre rationnelle cette folie sans nom qui ravage, détruit des vies. Parce que c’est bien la vie elle-même qui est en cause, le simple fait d’être en vie, d’aimer et d’être libre.
    Malgré tout, je continue d’espérer.

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    • Pour ma part, Marie, je tente de ne pas complètement perdre l’espoir mais la folie ne se contrôle pas. IL suffit aux prédicateurs de trouver les âmes démentes et de donner les ordres. C’est incontrôlable, c’est impossible de tout contrôler. Il restera toujours une part de déments qui feront des actes comme des loups solitaires et permettront par des revendications pre mortem de s’allouer la bienveillance des EI ou autres états similaires…
      ça fait peur,ça fait réfléchir.
      Ma fille de 10 ans hier m’a demandé pourquoi il avait voulu tuer des homosexuels,qu’est ce que ça pouvait bien lui faire à lui qu’ils le soient. Je me dis qu’il n’y a que les enfants qui peuvent encore nous permettre d’avoir de l’espoir. L’innocence et la pureté sont encore préservées. MAis l’Homme, l’Adulte…. Je doute vraiment maintenant…

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  3. Ça fait mal…
    Merci pour ce beau texte. ♥

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