Sous mes pavés…

C’était aussi au printemps. Ils étaient jeunes, à peine sortis de l’enfance. Des idéaux plein la tête.

Et l’envie d’en découdre avec la vie, la liberté. Celle qu’ils idéalisaient en écoutant les chansons de Ferrat, les poèmes d’Eluard.

C’était aussi la jeunesse. Des gamins de la rue, de banlieue. La banlieue d’avant. Des gamins bien élevés et propres sur eux, mais des rebelles en devenir. Ils avaient essuyé les mêmes fonds de culotte sur les mêmes bancs et ils voulaient le même Monde, le même Futur.

C’était aussi du rêve, des souhaits de vivre mieux, de ne devoir de compte à personne et de choisir sa destinée.

prc3a9vis-de-rc3a8ve

Et puis il y a eu ce besoin furieux de soulever la rue, de soulever les pavés.

« Sous les pavés, la plage », nous avaient-ils dit. Sous les pavés, la vie.

Que reste-t-il de tout cela, de cette phrase posée là, sur un mur, de cette poésie sans rime ?

La jeunesse d’hier, c’est celle qui nous a élevés. Les rebelles qui refusaient l’interdit, c’était eux, nos parents, grands-parents.

Et nous, aujourd’hui ? Et nos enfants ? A quoi ressemble la plage qu’on nous a racontée dans les livres d’histoire ?

Ils étaient plein d’espoir, mais il n’en reste rien. Ils avaient voulu le meilleur et nous accouchons, petit à petit par péridurale, d’un pire sournois qui semble pousser ses premiers gémissements.

Sous les pavés, la rage. Parce que le refus d’aller plus loin dans le recul de la vie, de la liberté.

Sous les pavés, les armes. Le sang qui coule, versé par les fanatiques qui n’ont jamais rien compris à ce qu’était vivre.

Sous les pavés, un sable qui se colore. Qui vire au sombre. Un tapis rouge qui se déroule pour une longue robe bleue Marine.

La France ne serait-elle que l’ombre d’elle-même… ?

sous les pavés la plage

Je suis lasse de voir l’avenir se profiler, entre cris de misère et bruits de douilles qui tombent au sol.

Je suis fatiguée de voir l’avenir de mon Fil d’Ariane, ces enfants que j’ai portés en mon sein et auxquels je ne peux offrir que l’incertitude et le mot « Morts » en ouverture de journaux télévisés.

Je suis triste de voir que je n’ai pas su, plus que les autres, changer la donne. Que mes engagements d’hier ont été vains. Que la faim est vécue, ici ou là, que les véreux le sont toujours en encore, que la couleur politique n’est jamais capable de véritable camaïeu.

Alors, je rêve de fuite. Je rêve de fugue. D’évasion.

Viens avec moi, suis-moi  l’Ami. Viens, on s’arrache.

Sous mes pavés, le rêve. Celui de ne jamais ressentir la peur, ni l’angoisse de la perte subite. Celui de ne pas connaître le manque.

Sous mes pavés, la vie. A cent à l’heure. Ne plus ressentir le mal, ne plus l’entendre hurler au milieu d’une rue, devant une terrasse.

Sous mes pavés, l’espoir. Pour eux, ceux qui arrivent, sont arrivés, viendront après. De connaître le bleu du ciel, le turquoise de la mer, le vert des arbres. De ne pas être prisonnier de la grisaille de ce que l’Homme a fait de la Terre. De connaître les hivers glaciaires, encore. Sans que l’eau ne monte et n’annihile les icebergs. De pouvoir encore trouver le mot « saison » dans le dictionnaire. Savoir encore ce que cela signifie neige en hiver et soleil en été.

montgolfières

Sous mes pavés, il y a la nostalgie. Celle de l’enfance. De ce que j’ai connu. De l’air pur et des champs propres.

Sous mes pavés, il y a la déception aussi. De voir que lorsqu’on tient un trésor entre les mains, un don du ciel, on ne parvient pas à ne pas le détériorer. L’Homme, cet animal sans cervelle qui pense que l’équation est la solution à tout , mais oublie que les cinq sens dont on l’a doté lui permettent aussi de ressentir la vie, du bout des doigts sur l’écorce d’un arbre.

Viens l’Ami, on s’arrache de cette planète. Elle n’est pas faite pour nous. Les habitants d’ici ont tout oublié. Et ils mourront de cette ignorance perpétuée.

Et moi, je ne veux pas mourir avec elle. Je veux mourir les yeux ouverts, plein de la beauté des choses et des êtres.

Arrachons nous, l’Ami, on n’a rien à faire là. On prend juste des gens, pas de bagages, pas la peine. On peut tout reconstruire de ses mains là où l’on est heureux. Seuls les gens vous manquent alors.

Alors suis-moi, si tu le veux. Je te propose le voyage d’ici à un Là-bas. On ne sait pas où, ni quand, ni si l’on reviendra et qu’importe.

La vie de la Terre est devenue si folle que je ne veux plus y vivre. Je veux m’envoler, même si ce n’est que dans mon esprit, le voyage sera toujours plus beau.

Là-bas, on pourra profiter, dire aux gens qu’on les aime et le jugement n’existera pas.

Sous les pavés, l’amour. Une famille choisie et des enfants, des rires.

J’en ai marre, l’Ami, de voir le malheur qui s’abat. Je suis fatiguée, plus que jamais.

Je veux me réveiller.

Allez, viens. Viens avec moi. Je t’emmène là où, comme Baudelaire savait le dire, tout n’est que calme et beauté…

Personne ne pourra nous retenir. Il est interdit de piétiner des rêves.

Signature Miss Plume

 

Publicités

Publié le 29 juin 2016, dans A la Une de Femme Actuelle - Hellocoton, Les réflexions, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Comme toujours c’est vrai, juste, bien écrit ma belle. Nos parents / grand-parents avaient des idéaux qui se sont faits la malle. Il y ont cru pourtant, pour eux, pour nous. Le résultat est décevant.
    Parfois j’ai envie de fuir moi aussi. D’autres fois je me dis que j’ai encore cette chance d’avoir mal, d’avoir peur, de ressentir en moi chagrin et colère. Je suis vivante et jusqu’à mon dernier souffle, j’espère croire en la vie, en l’humain, en l’amour qui peut tout. J’ai envie d’y croire envers et contre tout.
    Mais je ne suis pas contre une virée ailleurs pour reprendre mon souffle…

    J'aime

  2. Non non on ne s’arrache pas. On peut montre à nos petits, à ceux qui nous entourent, à nous que sous les pavés, l’ espoir…Il faut lutter surtout quand il ne reste que ça…préavis de vie…

    Joli texte!

    Missco de l’autre côté de l’ Italie

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai enfin pu te lire ! Et je ne suis vraiment pas déçue !!! Comment en sommes-nous arrivés là?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :