Les talons aiguilles

Il y a des objets qui deviennent symboles, des bruits qui se font résonances et ne vous quittent jamais.

Chacun de nous a le sien, ce petit son qui reste en tête et qu’on sait qu’on entendra jusqu’à son dernier souffle, comme un petit refrain qui ne s’éteint jamais. Un réflexe pavlovien. Entendre cela et réagir, avoir des images devant les yeux.

La Madeleine de Proust sans l’odeur ou le goût, juste quelques décibels, un murmure en mémoire.

 

Elle était grande. Enfin, à tout le moins, me le semblait-elle, du haut de mon enfance. Toujours magnifiquement apprêtée, d’une coquetterie infinie. La femme dont je vous parle a un peu plus que mon âge actuel et elle rayonne, elle irradie de féminité.

Je l’enviais, je la regardais et voulais lui ressembler plus tard, sans me rendre compte que la classe et la grâce ne s’apprennent pas mais sont innées.

Quelles que soient les circonstances, elle se vêtissait de ses beaux pulls en angora qu’elle avait passé des heures à faire de ses mains et que j’aimais caresser comme on le fait avec une peluche,  pour trouver le repos.

 

Je la voyais avancer aux sorties d’école, fière de dire qu’elle était ma maman, tant je l’admirais. Je ne voyais alors pas que sa différence d’âge avec moi et je m’en fichais absolument. Un enfant ne voit pas cela, il ne voit que l’amour reçu et qu’on peut donner à tout âge lorsqu’on le porte en soi.

 

Sa silhouette fine, longue. Et ses talons aiguilles.  Le bruit de sa démarche. Savoir qu’elle arrivait, de loin.

Je ne peux imaginer ma mère dans mon enfance sans voir ses hauts talons que je reconnaissais lorsqu’elle montait l’escalier de pierre noire, les trois étages qu’il fallait grimper pour arriver à la maison. Impossible pour moi de concevoir que je pusse grandir sans moi-même porter ces hautes chaussures. Ce que je fis d’ailleurs dès que je le pouvais, au collège ou lycée. Lui ressembler…

 

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Le chant de sa démarche, je ne parviens pas en ce moment à me l’ôter de l’esprit. Elle qui ne marche plus depuis longtemps sur ses escarpins brillants, parce que l’âge a eu raison de cette part de féminité.

Aujourd’hui, elle ne peut plus guère avancer. Elle est toujours aussi belle, malgré les soins harassants, usants, malgré cet oxygène qui lui cache le visage.

Elle me manque terriblement, elle qui va affronter demain un moment difficile et moi loin d’elle, parce que la vie m’a empêchée d’être à ses côtés.

Lorsqu’on est jeune, on n’imagine pas qu’un jour on va vieillir. On n’imagine encore moins, parce qu’on ne le voit pas, que les siens aussi prennent de l’âge.

Puis, un jour, on se prend tout cela dans le visage et la gifle est rude.

 

J’entends, au loin, un bruit de pas, une démarche que je connais. Je l’entends encore même si elle a laissé place à un pas moins assuré.

Aujourd’hui, comme une thérapie, je vous livre mes souvenirs, mes sentiments et mon mal-être. Pardonnez mon manque de pudeur, mon impudence peut-être de la livrer aussi à vous.

Demain, je serai une enfant dans l’attente. L’attente de savoir comment elle va. Les mains croisées, l’athée parfois, peut aussi laisser place à sa part de mystère et prier tous les dieux de la terre pour que l’espoir survive…

Signature Miss Plume

 

 

 

 

 

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Publié le 19 octobre 2016, dans Les souvenirs, Mes regrets aussi .., et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Courage… Je t’envoie toutes mes bonnes ondes ainsi qu’à ta maman ♥

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  2. Tu vis un des plus dur moment à gérer. Te souhaiter bon courage ne t’aidera pas mais je ne sais pas quoi d’autre te dire.

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  3. Ton texte superbe est très émouvant et tellement bien évoqué ! ! je n’ai pas du tout les mêmes références : c’est vraiment cette histoire que j’aime . Oui, tu vas encore grandir, un jour…Meilleures pensées. Maï

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  4. Quel tendre texte, tout en pudeur. Il est difficile de voir ses parents vieillir. Et qui plus est d’être loin d’eux dans des moments éprouvants. Je t’envoie de tendres pensées. Merci de t’être livrée de cette si jolie façon. Je t’embrasse affectueusement.

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