De battre ton cœur s’est arrêté

Tu n’étais pas toujours facile et, sans doute, ne l’ai-je pas toujours été non plus avec toi. Des prises de bec, des disputes, et puis un jour l’éloignement. Je suis partie. Pour être loin de tout, de tous, de toi.

Être loin, c’est s’accorder la possibilité de redevenir soi-même. Loin des attentes des gens, loin des « qu’en dira-t-on », loin aussi des événements du quotidien d’une famille fort présente.

Et c’est là, par mes retours aux sources, que j’ai  appris à te connaître. Avec des yeux différents, avec des conversations à la table de la cuisine quand tout le monde sommeillait. On a parlé, on a échangé, on a partagé.

Tu me parlais de tes tableaux, je te disais que je ne saurais jamais faire les mêmes. Tu me montrais ta fierté des dernières expositions et je t’expliquais ce que j’avais trouvé sur Internet. Des noms de peintres. Des recherches. Des moments d’intimité.

Mais le temps a passé. Ce temps qui emporte avec lui bien des choses. Les souvenirs. Et les regrets aussi.

Depuis des semaines, ton corps avait décidé de se faire la malle, de te laisser tomber. Il ne restait de toi que quelques traits, le sourire quand un soignant plaisantait avec toi, quand quelqu’un entrait dans ta chambre, quand le téléphone s’illuminait de la voix de notre mère.

Depuis des semaines, je te voyais changer, avoir du mal à te souvenir des noms, des dates, parfois faire des bonds dans le passé, un passé que je n’avais pas connu. Avoir du mal à manger seul, à boire.

Le quotidien si facile autrefois était devenu un combat.

Et puis le 9 mai. La douleur. L’hospitalisation. Et la nouvelle qui tombe comme un couperet : bientôt tu ne serais plus. Ton cœur bien fatigué allait te fausser compagnie.

Le trajet pour venir te rejoindre m’a paru bien long. La peur de te voir encore plus faible.

Tu m’as vu rentrer dans la chambre et tu as souri parce que les belles nouvelles semblaient s’accumuler. La rencontre avec ta « bibiche » comme tu disais, ma visite sans t’y attendre et l’annonce de ton retour chez toi.

Nous avons parlé, ri, mangé des bonbons. Et il a fallu se dire au revoir…

Je crois intimement que l’on sait lorsque c’est la dernière fois. On se laisse aller à embrasser la peau sans faux semblants.

On venait de se dire adieu, sans oser se le dire vraiment. Mais les regards ne trompent pas.

Le trajet du retour m’a semblé interminable tant je partais de là à reculons.

Quelques jours après, alors que tu devais rentrer dans ta maison, de battre ton cœur s’est arrêté.

Je suis revenue te voir. Mais nous n’avons pas ri, nous n’avons pas mangé de bonbons. J’ai juste pleuré de te voir inerte. J’ai voulu te prendre la main, mais tu avais l’onglée. Lorsqu’une larme est venue se poser sur tes doigts, j’ai espéré un instant que sa chaleur allait, comme dans les dessins animés, rentrer en toi et que tu allais ouvrir les yeux.

Mais tes yeux n’ont pas bougé…

Alors, il va falloir se résoudre à faire sans toi, à accepter que le monde va continuer sa marche et les soleils continuer à se coucher sans ton regard.  Et il a fallu expliquer à tes petiots que pépé ne serait plus là pour jouer avec eux.

Papa, malgré nos distances et nos différences, je veux bien prendre ma part de ces loupés qui me laissent le sentiment amer que je n’ai pas tout su de toi, qu’il me manque des bouts, des pièces.

Mais tu resteras toujours à la place qui est la tienne et où que tu sois, je compte sur toi pour guider mon crayon sur le papier, pour venir me « chatouiller les pieds la nuit », comme tu le disais.

Je te garde une place au chaud dans l’avenir de mes souvenirs. Tu me manques.

Ta fille,

Sandrine

 

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Publié le 22 mai 2017, dans Les souvenirs, Mes regrets aussi .., et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 17 Commentaires.

  1. Une pensee pour toute votre famille gisele julien

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  2. Je n’ai pas l’habitude de laisser de commentaires, mais je suis vraiment de tout cœur avec toi.
    Eric

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  3. Accroche-toi dans ces moments difficiles ♥ Toutes mes pensées.

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  4. C’est un très beau texte, j’en ai ressenti toute ta tristesse. Ça m’a tiré une mini larme. Je t’embrasse et te souhaite beaucoup de courage. Je sais à quel point ça peut faire mal. Bisous à toi.

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  5. Daniel nous a quitté ( ses élèves peintres de l’AVF)alors que nous étions en train d’accrocher les toiles pour l exposition de peinture .Tableaux que nous avions peints sous son regard bienveillant.Nous pensions très fort à ce Monsieur qui avait tant de gentillesse . je participais à son atelier depuis 4 ans alors que la majorité le connaisse depuis 10 voir 20 ans. Il était toujours à l écoute de chacun d entre nous Il était fier de ses petits enfants . Comme il savait que je participais à l atelier lecture il m avait parlé de vous avec be au coup de fierté.Depuis que votre maman et que Daniel ont été malades j ai souvent pensé à vous Vos textes les concernants sont très touchants Recevez mes sincères condoléances Annick Milot

    Envoyé de mon iPad

    >

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    • Merci Annick. Je sais à quel point vous avez été présents, vous tous membres de l’AVF, pour le soutenir et lui faire part de votre amitié. Il en a été très touché et nous aussi. Peut-être serez vous présente lundi pour le dernier voyage…Alors je vous verrai enfin, vous qui m’aviez déjà fait un mail fort émouvant en d’autres temps bien durs, en décembre… Affectueusement, Sandrine

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  6. C’est un très joli texte plein d’amour. Je t’envoie toutes mes pensées dans cette période terrible.

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  7. Tes mots sont toujours sensibles et justes ma belle. Je suis de tout coeur avec toi. Ces instants sont difficiles et font remonter des souvenirs tantôt heureux, tantôt douloureux. Je t’embrasse affectueusement. Courage à toi et aux tiens

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  8. nicole chaffraix

    la dernière fois que j’ai vu Daniel à Chanat’ il était deja très fatigue , je ne pensé pas qu’il nous quitterai si vite, il va beaucoup nous manquer , sa gentillesse’ sa disponibilité, ses petits coups de crayons pour redresser nos erreurs ‘, beaucoup de souvenirs formidables !,Recevez nos sincérité condoléances. nicole

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  9. Je n’ose imaginer la douleur qui doit être la tienne…Ton texte est juste magnifique, ton papa doit être fière de toi là-haut! Je te souhaite plein plein de courage!

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