De l’erreur à l’errance

C’est bête comme chou et longtemps, on ne s’en rend pas compte. C’est un geste banal, anodin, on n’y prête guère attention. C’est la coutume et puis, voilà. Ancré dans l’éducation pour certains, contrainte pour d’autres et puis chacun sa façon d’appréhender les choses.

Alors, comme beaucoup de gens, je me suis prêtée à tout ça, répétant comme un rituel les gestes et les paroles apprises.

Quand on est gosse, on aime ça, puis le temps passe, l’âge ingrat passe par là et on s’en lasse presque, sans se rendre compte…

Arrive l’âge adulte, et cette fois, on doit s’y contraindre soi-même et passer de « l’autre côté de la rive ». La vue sur les choses change et là, alors, on comprend l’importance de ce petit geste qui paraissait si stupide à 15 ans. Quelle erreur !

Je l’ai fait 40 fois ce geste. Se lever le matin et aller dire cette courte phrase. 40 fois je me suis levée en me disant de ne pas l’oublier. Et je ne l’ai jamais oubliée. Parfois en face, parfois au téléphone où le rituel continuait. Un « allô, c’est moi, tu me le passes ?! ». Et là, comme un refrain, je lui souhaitais sa fête, comme je l’avais fait quelques semaines auparavant pour elle…

Cette année, le rituel est brisé. Il n’y aura pas de téléphone et je ne pourrais pas non plus rendre visite. Ce sera ma double peine.

Cette année, maman n’a pas eu de fête des mères parce qu’on était dans le deuil et papa n’est plus là.

J’ai beau me dire que c’est l’ordre des choses, que c’est la vie, que c’est parfois mieux comme ça. Rien n’y fait, je ne m’y fais pas.

On dit qu’il y a diverses phases dans un deuil : d’abord le déni, puis la colère, la dépression et enfin, seulement, l’acceptation.

Chez certains, cela prend plus de temps que pour d’autres et je sais que je suis de ceux-là, qui n’en finissent plus d’être en colère. D’en vouloir à la Terre entière et surtout de ne plus trouver aucun sens à rien. Ma colère me fait mal au ventre, elle est là. Je n’arrive pas à la cacher ni à la calmer.

Et comme si tout cela n’était pas déjà assez difficile, il  y a cette date que je vois arriver et venir remettre de l’eau sur mon feu intérieur.

J’ai longtemps nié l’intérêt de toutes ces fêtes que je voyais d’un certain œil, presque ringardes, en tout cas qui ne me soulevaient pas le cœur.

Cette année, oui, elle me le soulève et me donne la nausée de ne plus pouvoir dire ces quelques mots : « Bonne Fête Papa ». Ce mois de mai a vu partir mon père et, avec lui, ce mot de mon vocabulaire. Il n’y a plus de papa. Il n’y a plus de Fête des Pères. Dimanche sera une journée « sans ». Sans lui. Sans envie.

Pardonnez cet écrit qui pourrait paraître très intime, mais je sais que, dimanche, vont fleurir des textes pour rendre hommage à ces hommes, ces pères.

Et je voulais, malgré ce moment de faiblesse et d’errance, vous souhaiter malgré tout d’embrasser les vôtres s’ils sont encore là. D’embrasser ceux qui ont permis que vos enfants soient là. De profiter de ce moment lorsqu’il est encore permis et quel que soit le regard que l’on porte sur ces journées programmées et qu’on qualifie volontiers de « commerciales » lorsqu’on a la pudeur de dire des mots d’amour…

Je sais que mon père me lisait et je me dis que si quelque part, un lien invisible existe encore, alors je peux profiter de cette page pour écrire ces mots que je ne pourrai plus jamais prononcer.

« Bonne Fête Papa ».

Tu manques.

 

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Publié le 14 juin 2017, dans Mes regrets aussi .., et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Comme c’est touchant ce que tu ecris mais tu sais je n’embrasserai plus jamais celui qui a fait que je sois la maman d’un fils plus que formidable (et la c’est aussi une forme de deuil a faire ) .
    En tout cas ton papa veillera tjrs sur toi et il est surement tres fier de toi
    Pleins de pensees positives malgre tout
    Bien a toi Chantal

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  2. Ce sont ces évènements qui nous rappellent le manque, viennent raviver l’absence. C’est toujours dur. Je pense fort à toi.

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  3. Accroche-toi… Toutes mes pensées ♥

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