Si t’étais là…

Il est coutume de dire que le temps file et fuit, comme le sable entre les doigts. Et c’est tellement vrai.

Je me souviens de cette année là, ma fille encore petite entre les bras, il faisait froid, c’était un mars aussi froid que cette année.

Je me souviens du matin où je suis partie au travail après l’avoir embrassée, l’avoir déposée chez ma maman qui prenait le relais les mercredis pour la garder. Une journée comme les autres.

Presque.

Le début du travail. Quelques heures écoulées. Un appel.

Je me souviens de cet arrêt sur image dans ma tête ce midi là, où j’ai tout quitté pour aller la rejoindre.

On dit que l’esprit enferme à jamais les images des moments de traumatisme et de choc. Pour ma part, je confirme.

Le trajet m’a paru si long, le temps s’étirait jusqu’à l’infini. Puis la rue, puis les escaliers.

Elle était là, allongée, immobile. J’étais là, debout, impuissante.

 

Il y a des moments de vie où l’on sait que, quoi que l’on fasse, quoi que l’on ressente, il faut juste s’asseoir et attendre, accepter l’inéluctable, l’inconcevable.

C’était un mercredi, parce que ce jour m’est maudit, définitivement. Elle est partie, elle m’a quittée. Elle nous a quittés.

Je vous ai déjà parlé d’elle, de nombreuses fois, comme pour conjurer cette absence à laquelle je n’arrive toujours pas à m’habituer.

Catherine. Un prénom. Elle ne vous évoque rien. Elle m’évoque toute mon enfance.

Il n’y a pas une image dans laquelle elle n’apparaisse. Assise en bout de table, bras croisés sur le formica des années d’alors, elle surveillait la maisonnée. Elle me prenait à la sortie de l’école parfois et m’emmenait jouer à la belote dans son club du troisième âge où tous les anciens me chouchoutaient. Avec elle, je parlais de voyages. Avec elle, je parlais de chocolat. Histoire d’une grand-mère qui parlera, je le suppose, à beaucoup d’entre vous également.

Elle était partout dans ma vie et ce mercredi-là clôt définitivement l’album photos de nos souvenirs.

A 18h20, elle a fermé la bal, elle a pris sa dernière inspiration et n’a jamais plus voulu laisser ressortir cet oxygène dont elle a nourri son existence, amoureuse du monde et de la vie qu’elle était.

Je me souviens de cette minuscule chambre dans laquelle s’était entassée la famille, comme dans une chanson d’Aznavour. De ce silence qui a suivi le « c’est fini » et du flot de larmes et d’incompréhension qui a suivi.

Cathy2

C’était il y a dix ans et on n’oublie jamais.

C’était la première personne si chère à mon cœur qui partait. Elle m’a laissée un trou béant, de ceux que l’on ne parvient jamais à combler.

Dix ans que je pense à elle, que je lui parle parfois, espérant une réponse. Mais règne le silence. Lourd, pesant, assourdissant.

Je ne pouvais pas, je ne voulais pas l’oublier à cette date qui se rapproche de ce 26 mars maudit et douloureux.

Les « je t’aime » posthumes sont parfois une thérapie inestimable.

Je t’aime Cathy.

Signature Miss Plume

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Publié le 24 mars 2018, dans Accueil, Mes regrets aussi .., et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. même si c’est triste, cela fait plaisir de te relire et il y a toujours un parallèle avec sa propre histoire

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  2. Est-ce que le vide est jamais comblé? On apprend à vivre sans. Et parfois comme tu le dis c’est extrêmement douloureux.
    Affectueuses pensées

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