Les paillettes

« On ne naît pas parent, on le devient. »

Bien loin d’être adepte des théories ou multiples ouvrages de Françoise Dolto ou des écrivain(e)s qui nous expliquent à coup de grandes formules que nos rejetons doivent s’épanouir et grandir dans la joie, histoire d’enfoncer des portes ouvertes, je dois admettre que cette phrase précise me parle, en revanche.

On ne naît pas parent. Rien ne l’indique dans nos gênes, aucune prédisposition à être ou non une bonne mère ou un bon père. Aucune prédétermination à savoir comment faire pour réussir à faire de son enfant un être équilibré, serein, et dont les souvenirs d’enfance seront plutôt nostalgiques qu’aigris.

On le devient. Oui, comme on devient un bon professionnel. Comme on apprend chaque jour en remettant son travail cent fois sur le métier. Commettre des erreurs, les voir, les admettre et se remettre en question pour enfin, un jour, atteindre cet ultime bonheur des yeux qui brillent et d’une voix enfantine vous déclarant son innocente flamme.

Mais pour parvenir à ce moment de bonheur, quels chemins emprunter ? Il est dit souvent qu’il ne faut jamais mentir aux enfants, ne dire que la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

Et si elle est moins belle qu’un petit mensonge ? Si elle retire du rêve ?

Hier, un petit homme rêveur de nature, innocent jusque dans son ADN, me parlait de son futur Noël et d’une lettre qu’il aimerait écrire à un vieux bonhomme rouge. Ce petit homme a neuf ans et je l’ai bercé de contes inventés, lui vantant le vieux bonhomme en question, lui expliquant à renfort de références intemporelles à quel point il avait un dur métier que de rendre chaque enfant de la Terre heureux, que de devoir s’habiller chaudement les nuits d’hiver pour aller, dans une course frénétique, emmener des millions de paquets, aidé par quelques lutins bien intentionnés et qui visiblement ne voulaient, dans leur vie, que la réussite de cette entreprise folle et secrète !

Le petit homme a toujours eu envie d’entendre ses histoires parfois poétiques, parfois farfelues, assorties de petits récits où pouvaient se mêler quelques réflexions sur l’actualité, sur la vie, sur les croyances. C’est vrai non : pourquoi les lutins ne sont ils pas syndiqués, eux qui travaillent tant d’heures sans repos pour être juste nourris, blanchis, logés… ?! Le Père Noël était -il un bon employeur finalement ? ..

On fait ce qu’on peut pour expliquer la vie à nos têtes blondes !

Mais il y a un inconvénient à présent. Oh, pas pour moi, voyez-vous ! Je ne suis pas arrivée au bout de mon imagination pour parler de la Laponie et de ce qui se cache derrière les murs de certaines maisons effacées sous la neige. C’est pour la société que cela pose souci.

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Le petit homme a neuf ans et les regards sur lui lorsqu’il parle de Père Noël sont dubitatifs. Il est de bon ton visiblement de fixer une limite aux rêves.

Mais pourquoi un conte de fées serait nocif à sa construction ? Pourquoi lui enlever ce rêve merveilleux et qui lui fait briller l’âme chaque année ? Pourquoi devoir à tout prix lui dire que tous ces moments de grâce et de bienveillance où un vieux bonhomme ferait preuve de générosité auprès de chaque enfant, quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur, est une hérésie ? Pourquoi lui dire qu’aucune fée ne vient chercher sa dent pour le plaisir de transformer une souffrance inéluctable de l’enfance en un moment de joie ?

Pourquoi devoir rendre la vie plus moche, parce qu’il faut tout dire aux enfants ?

Il faut se résoudre pour moi à me poser la question : et si je n’y arrive pas, suis-je une mauvaise mère ?

La vie me semble souvent si laide, si triste, si grise, que je ne parviens pas encore à lui dire qu’elle est ainsi. Je ne peux me résoudre à lui annoncer que les quelques paillettes que j’ai mis sur ce dessin du Monde, il va falloir les retirer.

Alors oui, c’est vrai, je ne rentre pas dans les cases de la société bien-pensante, de la toute bonne parentalité positive où l’enfant est mis, dès le plus jeune âge dans les confidences et les vérités, de peur qu’il ne croie plus les parents ensuite et ne fût traumatisé du vilain mensonge sur la provenance d’un cadeau posé au pied du sapin.

Est-ce que je suis une bonne mère ? Je ne sais pas. Peut-être pas.

Est-ce que je fais tout pour l’être ? Assurément.

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Alors, petit homme, je te laisserai briller les yeux encore une année s’il le faut, deux si tu le souhaites, toute la vie si ça te chante. Mon rôle est de te protéger du Monde cruel qui est dehors. Pas de tout te cacher si tu me questionnes. Mais l’enjoliver quelques minutes, quelques jours, quelques heures quand je le peux. Quand ton âge te fait tomber une dent et que tu regardes comment positionner l’oreiller pour ne pas gêner la Fée ou la Souris. Quand tu feuillettes un catalogue en te demandant comment un si vieil homme pourra bien porter à bout de bras toutes ces choses qui te font rêver.

Tu deviendras un homme, tu le deviens déjà. Mais tu seras toujours pour moi ce petit garçonnet fragile et rieur, cette petit tête bouclée avec ses petites dents à faire chavirer mon cœur.

Et me dire que mes histoires, même si elles te transforment la vérité, te donnent un sourire, alors je veux bien pour cela, passer pour une marâtre aux yeux des Dolto et Cie…

La vie est tellement plus jolie avec des paillettes…

Signature Miss Plume

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Publié le 4 octobre 2018, dans Accueil, Les réflexions, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. « Est-ce que je suis une bonne mère ? Je ne sais pas. Peut-être pas.

    Est-ce que je fais tout pour l’être ? Assurément. »

    C’est la définition, je pense. Et tu as raison, les rêves et l’innocence partiront déjà bien trop tôt… Cette bulle de douceur est précieuse.

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