L’arna’cour

Mes chers lecteurs, il faut que je partage avec vous cette intense histoire que j’ai vécue il y a quelques jours. Jamais je n’aurais imaginé que je vivrai telle romance… J’en frétille encore !

Tout a commencé vendredi, alors que je me connectais sur mon compte Facebook, afin de vérifier si tel ami avait passé une bonne nuit, tel autre avait toujours ses problèmes digestifs et intestinaux, bref toutes les joyeusetés que réservent les réseaux sociaux, une petite notification, inhabituelle dans mon cas, a apparu au centre de l’écran en rouge au bout de quelques secondes : une demande d’ami !

Quoi ? Demande d’amitié avec moi ? Aurais-je oublié une rencontre cruciale des derniers jours ? Ou bien aurais-je encore, par hasard, un ami encore quelque part sur la planète et qui aurait cherché depuis des années à nous retrouver, mon charisme et moi ?

A la dernière question, j’ai ri rien que d’y penser. A l’avant-dernière, je me suis pensée sénile l’espace d’un instant. Heureusement, je me suis dit qu’entre mon salon et l’école de mes enfants, il y avait fort peu de chance que j’oublie une rencontre cruciale…

Excitée comme un pou au musée de la perruque, je me suis jetée sur cette mystérieuse invitation. Et là, qui vois-je apparaître sur mon écran : un nom totalement inconnu, néanmoins doté d’un visage à peu près aussi agréable que la plastique.

Mon Dieu, mais comment était-il possible que ce certain « Thomas M. » me demande en amie ? Là, l’espace d’un instant, le doute m’habite… Enfin, presque.

J’ai compris immédiatement : il était sans doute en quête d’amitié, ce cher Thomas. En quête peut-être de conversations. Et qui mieux que moi pourrais l’écouter, le conseiller ? Moi, la réplique vivante de Macha Béranger, la voix de vos nuits (on a les références de son âge…) et de Joëlle Mazart, il avait dû sentir à travers l’écran que j’étais la personne parfaite pour lui ! C’était certain, Thomas m’aimait déjà et notre histoire serait grande et romantique !

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Oui, effectivement, je me suis demandée quelques minutes comment un profil tout frais d’une heure, sans autres amis, sans photo à part une de profil (dans tous les sens du terme) avait pu tomber immédiatement sur moi.

Je me suis dit que la renommée de Miss Plume avait peut-être fortement grandi ces derniers temps, sans que j’en prenne conscience… Puis non, j’ai regardé le nombre de fans de ma page : j’ai pleuré ri de ma naïveté… Je me suis dit que, peut-être, ma beauté naturelle….. Puis j’ai re-ri pleuré !

Non, je devais m’y faire : l’heure du Grand Amour avait sonné, là, un 15 avril à ma porte. Un grand amour comme on en voit dans les films américains ! « Ils se rencontrèrent sur le net et firent plein de petits Candy Crush » !

Ô mon Dieu, je n’y tenais plus, il fallait qu’il me parle… Et il le fit, avec une entrée en matière des plus classiques… Il voulait savoir comment j’allais ! Il était tendre, il s’inquiétait pour moi, vous imaginez !

Mon cœur ne fit qu’un tour ! Je rentrais dans cette conversation, toute émue, toute disposée à lui parler de moi, ma vie, mon œuvre, à lui présenter mes parents, mes amis, je ferai de lui l’Homme le plus heureux du monde…

Très rapidement, il me demanda, dans un français assez spartiate je l’avoue, mais que je mis sur le compte de l’émotion et de la timidité, ce que je faisais dans la vie et où j’en étais par ailleurs.

Vous me connaissez… je n’ai vu dans ses questions aucune mauvaise intention. Et encore moins une manière pour moi de tirer mon épingle du jeu et d’arroser l’arroseur….

Aussi, je lui ai répondu tout simplement que j’étais secrétaire de direction d’une grande société de la place luxembourgeoise. J’ai imaginé ses yeux s’illuminer à cette lecture, il allait se dire que j’étais pétée de tunes très brillante ! A n’en pas douter, cela le satisfaisait. Il me dit être lui-même chauffeur. Nous allions avoir tant de choses à échanger le soir en rentrant à la maison : il me parlerait de son gros moteur, moi des liasses de billets blanchis. Il me raconterait comment il a aménagé sa cabine arrière et moi, je lui parlerais des backs-rooms de la finance !!  Quelles belles soirées en perspective ! J’en frétillais à nouveau !

Pour le rassurer sur ma condition financière et lui montrer que je ne recherchais pas le gain dans notre nouvelle, mais intense, histoire d’amour, je l’ai rassuré en lui expliquant que j’étais divorcée et maman de deux enfants, comme ça, il saurait en toute simplicité que la pension alimentaire et les allocations familiales ne permettaient, en plus de ce fabuleux train de vie, d’assumer ma vie et pourquoi pas…notre vie !

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Ah oui, je ne vous ai pas dit : j’ai un train de vie de ministre… Il m’a demandé quels étaient mes hobbys et je lui en ai cités quelques-uns, parmi lesquels, équitation, golf et ski en Suisse, à Gstaad, bien entendu ! What else !

Quant à lui, il m’expliqua sa vie douloureuse, son veuvage récent, ses deux fillettes à élever, Nabilla et Cosette, son dur métier, le décès de son papa à 6 ans et celui de sa maman à 15 ans. Il n’avait pas de ‘frère et sours’, me dit-il. Oui, car il faut savoir que le pauvre, sans un sou, devait avoir perdu le « e » de son clavier « AZRTY »… Il avait une panne de « e » assez régulière…

Il recherchait à présent une « femme de cour« . Je vous laisse traduire.

Je lui ai donc dit rapidement que j’étais issue de famille nombreuse, de noble pedigree : « à la grâce de Dieu, nous sommes huit ! Mais ils sont partis à l’étranger pour la plupart, pour leurs affaires. »

Voilà, j’avais affaire à un homme qui, d’après sa définition, je le cite : « J’aime la vie et me l’élancer dans la fraîcheur du petit matin, le bonheur de me sentir exister. Je suis un homme battant. Je suis fait pour la joie de vivre. Je fonce droit devant moi et j’aime bien les défis et atteindre des objectifs. je suis un homme de nature un peu réservé, timide, simple, compréhensif, intelligent, ouverte aux autres tolérant- très bon cuisinier. »

Seigneur Jésus, il était là : la perfection faite homme ! Je ne pus que lui répondre : « oui, et vous semblez très humble également. On sent la simplicité et la modestie. C’est appréciable ! » Chacun appréciera l’ironie ou pas de ma remarque !

Car oui, il avait des qualités, mais il ne cherchait pas à les mettre en avant, non, il ne cherchait pas !

Il me demanda en toute modestie quel était mon genre d’hommes ! Seigneur, Marie Joseph ! Que pouvais-je répondre à telle interrogation !

Une seule réponse me vint, prise au plus profond de moi et je sentais qu’il y adhérerait et serait heureux d’être tombée sur si grande poétesse que moi : « Je n’ai pas de genre particulier. L’essentiel est invisible pour les yeux.. On ne voit bien qu’avec le cœur. »

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Devant cette conversation où je sentais monter en nous l’envie de prolonger cette histoire pour une vie commune, voire même, finir main dans la main nos vieux jours, il me fallait alors avouer à mon bellâtre ce que j’étais au plus profond de moi ! Je le devais, il en allait de la confiance mutuelle. Aussi, je n’ai pas tardé à lui dire, lui avouer que j’avais deux amours : lui et ….

« Je suis très sincère car très pieuse. Et j’aime également les pieux. Les grands pieux. En êtes-vous un? C’est essentiel pour moi ! La foi est importante. Et la taille de ma foi l’est aussi. Je l’entretiens chaque jour. »

Car oui, j’aime les grands pieux : Et Dieu bénisse tous les grands pieux de ce monde… !

Après lui avoir avoué cela, j’avais le rouge aux joues, impatiente de lire si lui aussi aimait comme moi, les confessionnals… ! Mais visiblement, il n’avait pas eu le temps de bien me lire et entra dans un discours qui marquait, pour moi, le début de sa demande en mariage. Je me devais de savoir alors, avant toute demande officielle, s’il allait m’épouser devant notre Seigneur Jésus…

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Et alors que j’étais en attente de sa réponse, après moultes messages lui prouvant ma foi, mon implication dans notre histoire, qu’il a commencé à se faire distant mon bel Inconnu du Web… Peut-être n’était-il pas un grand pieu… ?!

Allez savoir, mais il a disparu.

Mon cœur saigne depuis, d’autant plus que Facebook a fermé définitivement son compte qui semblait être, ce qu’on appelle, dans le jargon un « brouteur »…Il n’y a pas de hasard, n’est-ce pas… ?

Bref, je vis un chagrin d’amour sans précédent. Et j’ai crié, crié « Thomas » pour qu’il revienne, mais il semblerait que les voies de l’Afrique soient impénétrables en ce qui concernent les messageries…

Je suis tellement déçue. Je le sentais prêt à s’investir dans ma cause, dans mon église. Lorsque Facebook a décidé arbitrairement de le supprimer de ma vie, j’étais en train de lui demander s’il serait prêt à faire un don à ma paroisse pour que mes amies paroissiennes et moi ayons à nouveau les fonds pour faire restaurer le Petit Jésus de notre église, celui que j’astique consciencieusement chaque dimanche… Je suis certaine qu’il aurait accédé à ma demande mon bel Apollon, mon Romeo…

A moins qu’il se soit senti pris au piège d’une vieille folle. Je me demande si le brouteur escroc qui avait sans doute pour dessein de me faire penser qu’il me trouvait charmante et avait besoin de 500 € pour venir me rejoindre sur la place luxembourgeoise, avait prévu de tomber sur un mélange de Sœur Emmanuelle et de Cicciolina…

Quoi qu’il en soit, j’en ai été quitte pour un bon fou-rire. Et surtout la certitude que mon profil devrait être laissé en paix quelques temps maintenant, après quelques demandes infructueuses du même acabit.

Sœur Sandrine et ses envies d’astiquer le jésus de la paroisse a dû en refroidir plus d’un sous le soleil du Cameroun, plaque tournante des arnaques en ligne…

Ah ! Juste une chose mes p’tits loups arna’cours (ou cœurs, quand on n’a pas une panne de « e »), je ne sais pas si vous êtes au courant, mais même dans les tout petits pays comme le Luxembourg, on reçoit la télé et la radio et on connait  même toutes vos techniques pour nous soutirer de l’argent…

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Alors oui, aujourd’hui, je suis sans grand amour du net, mais un portefeuille pas encore vide… A tout bien réfléchir, je vais aller jouer les quelques sous qu’il me reste au Loto…

« Malheureuse en amour, heureuse au jeu », non ?

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Publié le 18 avril 2016, dans Les bonheurs, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 10 Commentaires.

  1. Que c’est drôle ! Facebook nous réserve de belles aventures…

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  2. Mon Dieu, j’adore 🙂
    Selon des témoignages familiaux, c’est encore pire sur les sites de rencontres, comme on pourrait s’y attendre. Mais il faut croire qu’il y a un public pour ça aussi sur Facebook, puisqu’ils essayent… En tout cas, quelle manière de gérer la situation !!! Chapeau ! 😉

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  3. J’ai bien ri en te lisant ! Il a dû se demander sur qui il tombait …

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    • Ben il est tombée sur un drôle de phénomène !! 😛 J’avoue, je me suis amusée de lui oui ! Mais l’idée de l’imaginer lire mes messages de l’autre côté de l’écran en train de lui parler de pieu, de paroisse, et tout le toutim…, ça m’a fait hurler de rire moi ! 😀

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  4. Il n’a pas dû tout comprendre! Mais il a persévéré avant d’abandonner. Ca court ça court ces phénomènes, un peu partout, et malheureusement parfois ça fait des dégâts.
    Bien joué ma belle!

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  5. Bonjour, ça a quand même duré un certain temps. Et c’est bien raconté.

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